Développement durable

Le USGBC préconise un changement de focus passant du technique à la santé humaine.

Au cours de la dernière année, le US Green Building Council (USGBC) a amorcé une grande réflexion sur un sujet de plus en plus d’intérêt dans le domaine du bâtiment durable. Comment peut-on faire pour que les bâtiments que l’on construit et que l’on opère contribuent à la santé et le bien-être des personnes qui y vivent et y travaillent? Pour le USGBC, la vision est claire : il faut passer d’un focus strictement sur les aspects techniques du bâtiment, comme l’économie d’énergie, à un focus combinant technique et santé humaine. Un changement de paradigme qui donne une nouvelle place à l’ergonomie dans les projets de conception architecturale visant une certification LEED.

La réflexion a débuté par une invitation lancée par le USGBC à l’occasion du sommet intitulé Summit on Green Building and human Health et tenu en janvier 2013.  Les conclusions de ce sommet sont disponibles dans le rapport Health is a Human Right : Green Building can help. Essentiellement, le rapport énonce qu’au fur et à mesure que les pratiques en matière de bâtiments durables ont évolué au cours des dernières années, il est devenu de plus en plus clair qu’un lien existait entre les bâtiments durables et la promotion de la santé humaine. Bien conçu, l’environnement bâti peut avoir des effets positifs majeurs sur la santé, tant sur la santé des occupants que sur la santé de l’environnement. C’est pourquoi, il est évident pour les auteurs du rapport qu’il importe d’inclure, dans le concept même de bâtiment durable, le bien-être des occupants et des autres personnes gravitant autour d’un tel projet (notamment les travailleurs de la construction et les concitoyens en général) et voir ce bien-être comme un aboutissement incontournable du fait de bâtir et non comme un effet secondaire intéressant.

Dans ce nouveau paradigme, la performance humaine doit être vue comme tout aussi importante que la performance énergétique du bâtiment; la conservation de la santé humaine égale à la conservation de l’eau; la gestion de la santé sur un pied d’égalité avec la gestion des déchets. Bien entendu, les choix de conception doivent être appuyés sur les données probantes issues de la recherche afin d’éclairer les approches en matière de conception, de construction et d’opération des bâtiments sains. Les auteurs du rapport considèrent alors que cette approche globale permettra au bâtiment durable de non seulement être un outil de transformation de l’industrie de la construction, mais aussi un outil de transformation humaine.

Et l’ergonomie dans tout cela? Aux dires du grand patron du USGBC, M. Rick Fredizzi, «la santé sera la considération la plus importante dans les bâtiments durables au cours des prochains 20 ans». L’ergonomie peut contribuer à faire des lieux de travail plus sains où la dimension humaine est au centre des choix de conception en respect des autres enjeux du projet.

La démarche ergonomique est un puissant outil pour

  • documenter les besoins des occupants;
  • éviter de reproduite les dysfonctionnements d’un bâtiment existant;
  • appréhender l’invisible, c’est-à-dire les savoir-faire intégrés, mais difficiles à verbaliser, des travailleurs expérimentés et la compréhension des processus mentaux à la base de ces savoir-faire
  • permettre de concevoir un  lieu en cohérence avec les savoir-faire existants, protégeant ansi du même coup l’équilibre qui s’est forgé entre santé et productivité.

L’ergonomie est aussi un champ d’études très riche avec ses propres connaissances sur les bonnes pratiques en matière de conception des lieux de travail. L’ergonomie, de par sa démarche et ses connaissances, peut aider l’industrie du bâtiment durable à réaliser ce changement de paradigme. D’ailleurs, le USGBC a pris les devants en ajoutant au nombre des ces crédits pilotes un crédit sur l’ergonomie intitulé «Pilot Credit 44 - Ergonomics Strategy» dont nous avons déjà parlé dans L’infolettre  Vincent Ergonomie de novembre 2010. L’intérêt des entreprises se manifeste de plus en plus et Vincent Ergonomie travaille présentement sur plusieurs projets visant un tel crédit.

Pour être efficace, la démarche ergonomique doit se faire suffisamment longtemps d’avance afin de bien documenter le travail et faire ressortir des spécifications à inclure au programme fonctionnel et technique dans une approche classique de conception. Cela est d’autant plus important de réaliser le tout d’avance et d’inclure le tout au devis de performance lorsqu’il s’agit d’un projet réalisé en mode conception-construction (design-built). Pour maximiser son impact, les recommandations ergonomiques doivent questionner la mission du bâtiment et de chaque espace de travail, l’organisation du travail, la technologie utilisée, etc. et non seulement viser la sélection d’équipement ou la formation du personnel.  Ces derniers éléments sont importants, mais ils n’influencent pas les causes à la base des dysfonctionnements ou des risques ergonomiques.

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