Manutention manuelle

La manutention manuelle : Bien plus qu’«une job de bras»

Vous avez sans doute fréquemment entendu que le travail de manutentionnaire n’est qu’«une job de bras» et qu’il suffit de plier les genoux et garder le dos droit. Histoire d’un champ de recherche actif au Québec

Comme ergonome, nous intervenons fréquemment à titre de formateur en manutention de charges. En cette matière, l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), son réseau d’échanges sur la manutention (REM) et ses chercheurs ont élaboré différentes règles d’action reflétant la diversité des tâches des manutentionnaires, montré l’aspect cognitif de la tâche et développé une méthodologie de formation basée sur les manutentionnaires experts.

L’offre de formation précédente comportait son lot de dérives identifiés dans le document Programme de formation participative en manutention manuelle: Fondements théoriques et approche proposée aux pages 8 et suivantes:

  • La manutention est une activité peu diversifiée. Faux ! Plusieurs tâches répétitives, simples, monotones et fastidieuses sont maintenant automatisées, laissant aux manutentionnaires les tâches de manutention complexes, variées et dans des contextes de travail diversifiés et changeants.
  • Le seul risque en manutention, ce sont les blessures au dos. Faux ! Bien qu’il demeure important selon les différentes bases de données sur les accidents, le risque de blessure au dos n’est pas l’unique risque des employés œuvrant en manutention manuelle. On sait maintenant qu’en fonction des charges, les risques peuvent varier, notamment dû au risque de blessure par cumul ou au risque de blessures liées à la fatigue.
  • En manutention, il faut seulement gérer les risques. Faux ! Les manutentionnaires ont aussi à rencontrer des objectifs de production et ont donc à gérer un flux de travail. Cette gestion amène nécessairement des compromis incitant les manutentionnaires à rechercher l’efficience de leurs actions et donc leur productivité tout en protégeant leur santé.
  • La manutention, c’est seulement «une job de bras». Faux ! La composante physique du travail est indéniable. Toutefois, il a été démontré que le travail de manutention implique une capacité à planifier celui-ci, développer des stratégies d’adaptation à l’environnement et anticiper les caractéristiques de la charge à soulever.
  • La manutention, c’est simple. Faux ! La simplicité du travail n’est qu’apparente. Une expertise en manutention n’est pas acquise. Les habilités motrices se construisent au fil des ans. Certaines études parlent même que le développement d’une expertise peut prendre une dizaine d’années.

Ainsi, les travaux réalisés par un ensemble de chercheurs de l’IRSST ont permis de développer 8 règles d’action

  • Alignement postural
  • Bras de levier
  • Mise sous charge
  • Utilisation de la charge
  • Équilibre
  • Utilisation du corps
  • Transition entre prise et dépôt
  • Rythme des mouvements

De brèves explications sur ces règles sont disponibles sur le site de l’IRSST.

En résumé, le métier de manutentionnaire mérite une formation adéquate, considérant les nombreux risques et la variété des situations de manutention auxquels sont confrontés les manutentionnaires.

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